L'invité de Yannick Urrien

Un éclat de rire toutes les 5 secondes avec « Tout bascule » le 7 août à Atlantia

Olivier Lejeune : « Je suis ravi de représenter cette pièce à La Baule, puisque c’est de là que tout est parti. »

Olivier Lejeune est l’auteur de « Tout bascule », une pièce qui a déjà fait le tour de France et qui a battu tous les records de fréquentation depuis plus de quinze ans. Cette comédie a été jouée pour la première fois à La Baule et elle sera à nouveau présentée le 7 août prochain au palais des congrès Atlantia à 21 heures. C’est l’événement théâtral de l’été dans notre région, car il faut savoir qu’un constat d’huissiers, effectué à Paris, a validé qu’elle déclenchait un éclat de rire toutes les cinq secondes ! On retrouvera sur scène Olivier Lejeune, Julie Arnold, Rodolphe Sand, Elodie Wallace, Fred Vastaire, Benoit de Gaulejac et Anne-Sophie Level.

Kernews : On attendait cette pièce, « Tout bascule », depuis plusieurs années…

Olivier Lejeune : Effectivement, cette pièce a été écrite au bon sel de Guérande, le 4 août 2002, à La Baule. C’est une histoire d’amour entre Atlantia et La Baule, et cela m’a vraiment porté bonheur. En effet, j’avais fait le montage de cette pièce en 2002 à Atlantia, grâce à Yves Métaireau, qui avait eu la générosité à l’époque de m’accueillir en résidence avec toute la troupe au Majestic. Nous allions à la plage le matin, nous répétions l’après-midi et ceux qui connaissaient bien le texte avaient le droit à une promenade en bateau le soir. C’était ma première pièce en tant qu’auteur puisque, pendant trente ans, j’ai écrit pour de nombreux comiques, de Patrick Sébastien à Yves Lecoq, en commençant par Thierry Le Luron quand j’avais 19 ans… Je me souviens de mes premiers pas sur scène à La Baule, à la MJC en 1970 et, ensuite, j’ai été à la télévision pendant trente ans. Pour cause de jeunisme – malgré mon nom – on m’a viré de la télévision en Belgique, au bout de sept ans, alors que je présentais une émission qui faisait un énorme succès. Elle était même reprise sur TV5 Monde ! D’ailleurs, Gad Elmaleh m’a dit : « Ma mère te regardait au Maroc et elle me disait que je réussirais le jour où je ferais comme Olivier Lejeune ! » En quittant la télévision belge, j’ai donc eu l’idée d’écrire ma première pièce, après avoir écrit pendant des années pour «La Classe» ou «Le Petit théâtre de Bouvard» et cette pièce a été réécrite 17 fois avant d’être montrée en public. Immédiatement, cette pièce a eu un énorme impact sur le public. Elle a été jouée 1100 fois pendant quatre ans à Paris, dans quatre salles différentes, elle a fait trois tournées… Je pensais qu’elle avait donné son jus, parce qu’elle a été jouée et adaptée de nombreuses reprises. Elle a été jouée en Espagne, en Suisse, en Italie et même en Turquie… En ce moment, j’ai une demande de Russie et même d’une grosse société de production américaine qui souhaite en faire un film aux États-Unis. C’est une pièce assez magique ! L’année dernière, deux jeunes producteurs m’ont proposé de la remonter, alors qu’elle a été pendant cinq ans la pièce la plus jouée par toutes les troupes de théâtre amateurs de France.

Cette pièce est encore plus actuelle aujourd’hui. Il y a quinze ans, certains faits semblaient peut-être hors du temps, mais aujourd’hui on est vraiment dans un monde où tout va très vite…

Finalement, c’est une très bonne idée de l’avoir remontée. En plus, je n’ai jamais eu une équipe aussi éblouissante. Je connais parfaitement cette pièce et j’ai choisi le must pour chaque personnage. Cela fait que cette pièce a une efficacité redoublée. Comme dans toutes les bonnes pièces, il faut toujours une jolie jeune fille qui se déshabille, c’est la tradition : c’est Anne-Sophie Level qui est délicieuse. Il y a aussi Fred Vastair, bien sûr c’est un pseudonyme. On a l’impression que c’est le fils naturel de Jacques Balutin et des frères Bogdanov ! Il joue le rôle d’un journaliste qui s’occupe de toutes les actualités locales. J’ai un politicien incroyable, un mélange de François Fillon et d’Emmanuel Macron, il se présente à l’élection présidentielle et il va lui arriver des tas de malheurs. Ce politicien est interprété par Benoît de Gaulejac qui est exceptionnel parce que c’est un rôle burlesque qui est difficile à jouer. Nous avons également une jeune mariée avec Elodie Wallace : elle a 34 ans, elle est belle et drôle, ce qui est très rare dans notre métier. Il y a aussi Rodolphe Sand, dans le rôle du marié, c’est un petit génie, il était danseur étoile et il est vraiment très drôle aussi. Il a d’ailleurs mis en scène deux pièces qui marchent très bien à Paris en ce moment. Enfin, on retrouve Julie Arnold, c’est vraiment une histoire d’amour, parce qu’elle était à la création de la pièce à La Baule il y a quinze ans. Elle est formidable et elle me dit que c’est l’un des plus beaux rôles de sa carrière parce qu’elle peut allier le fantasque, la fantaisie et l’émotion… En plus, elle a passé toute son enfance à La Baule. Et moi, je joue le rôle de l’intrus. En deux mots, c’est le mariage le plus court de l’histoire : un homme divorce une heure trente après s’être marié !

Vous décrivez un publicitaire qui travaille pour un candidat à l’élection présidentielle, il se marie avec une jeune femme, ce n’est pas un Jacques Séguéla, c’est davantage un Frédéric Beigbeder…

D’ailleurs, j’ai appelé mon personnage Jacques Lasségué, c’est un Séguéla à l’envers… C’est un publicitaire assez incroyable qui a une bonne fortune. En réalité, chaque personnage a un secret, mais c’est la journée où tous les secrets sont révélés au même moment. C’est une pièce extraordinaire et vraiment efficace. C’est la seule pièce de théâtre qui a eu un certificat d’huissiers, initié à l’origine par Philippe Bouvard, qui m’a dit : « Votre pièce est tellement efficace que nous allons constater le nombre de rires que vous avez… » Deux huissiers sont venus un soir à Bobino avec des petits compteurs et ils ont compté. En plus, c’était une salle plus difficile que d’habitude ce soir-là. En sortant, ils m’ont dit : « C’est incroyable, vous avez un rire toutes les cinq secondes ! » Ils ont décidé de revenir le lendemain, c’était quand même 800 euros pour la venue des deux huissiers, mais ils ont décidé de recompter gratuitement le lendemain et on est descendu à 4 secondes et demie ! J’adore rester dans les vaudevilles, sans taper en dessous de la ceinture, cela a toujours été mon mot d’ordre, et en pensant toujours au jeune public. Je vous assure que c’est la plus belle des récompenses que d’entendre rire les adultes et les enfants. On est dans le comique visuel, dans le comique de situation et le comique de mots. C’est grâce à cela qu’une pièce comme celle-ci peut être jouée un peu partout.

Pour déclencher ce rire toutes les cinq secondes, il y a certes le visuel, mais il faut quand même la bonne réplique… Or, vous avez écrit seul une telle pièce alors qu’aux États-Unis il faut parfois dix ou quinze scénaristes qui se réunissent pour écrire une fiction…

Il faut du rythme, de l’énergie et, comme un chirurgien avec un scalpel, traquer le moindre petit bout de graisse qui viendrait ralentir le mot inutile. On ampute en permanence ! C’est une pièce d’une heure cinquante et les gens ne voient pas le temps passer. Je suis ravi de représenter cette pièce à La Baule, puisque c’est de là que tout est parti. Mais je comprends que les scénaristes se mettent à dix, parce que chacun apporte quelque chose. J’ai eu quelques propositions pour écrire des pièces à plusieurs, j’ai essayé, mais je suis tellement têtu dans mon obsession du rythme et de l’énergie, que je n’arrive pas à travailler avec quelqu’un d’autre. Quand j’éclate de rire en écrivant, c’est parce que je visualise déjà la scène et le public, ce sont finalement les plus gros effets de la pièce. Je me surprends moi-même, parce que le rire c’est la surprise.

Aurez-vous votre mot à dire lorsque la pièce sera reprise au cinéma ?

Cela va me dépasser… Bien sûr, j’adorerais la jouer ! Je vais peut-être me réserver un petit personnage… Souvent, des producteurs m’ont dit que le théâtre ne marche pas au cinéma, mais il y a des exemples qui prouvent le contraire, comme  «Le Dîner de Cons» ou  «Le Prénom». C’est un engrenage et je suis resté un an et demi bloqué sur l’écriture de cette pièce ! Jean Poiret m’a toujours dit : « Quand tu es bloqué, marche une heure et tout va s’arranger. Ou tu t’endors le soir avec des personnages dans la tête, tu poses le problème avant de t’endormir et tout sera arrangé le matin… » Alors, j’ai été marcher une heure à Pen-Bron… Le défaut en écriture, c’est qu’il y a souvent des pièces qui démarrent du feu de Dieu et on est déçu à la fin, parce que l’on met toute son énergie créatrice au départ et on est bloqué à la fin. Le secret, c’est de ne jamais déroger à trois impératifs : unité de temps, de lieu et d’action. On part d’une situation délicate et, après, il faut que cela aille en montant. Dans toutes mes pièces, je n’ai jamais transigé. L’unité de temps, c’est quelque chose d’incroyable, la pièce dure en temps réel… C’est un challenge qui oblige à surprendre en permanence, c’est une course-poursuite à l’effet et à l’énergie.

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