Kernews
François Loncle, député PS de l’Eure : «La France n'a pas de vision stratégique, la diplomatie navigue à vue et il y a un dysfonctionnement croissant entre la cellule diplomatique de l'Élysée et le Quai d'Orsay.»
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François Loncle est député PS de l’Eure et membre de la commission des Affaires étrangères. Le parlementaire, qui a notamment été président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, était l'invité de Yannick Urrien jeudi 17 février dernier pour faire le point sur l'état de la diplomatie française. Il a abordé plusieurs sujets d'actualité : Michèle Alliot-Marie, l'état de la diplomatie française et la nécessité de mettre en place une diplomatie parlementaire, en soutenant les propos de Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne.
Durée: 10 minutes. Pour écouter l’entretien cliquez sur le bouton lecture:
Extraits de l’entretien
État de la diplomatie française :
« Il y a les extravagances d'un ministre qui ne dit pas la vérité lorsqu'elle fait état de son voyage en Tunisie. Ce voyage, en réalité, avait un but d'affaires avec sa famille et pas simplement du tourisme. Mais ce n'est pas le principal. Le principal, c'est l'état de la diplomatie française par rapport aux événements qui se sont déroulés en Tunisie et en Égypte, les silences, les hésitations, les propositions saugrenues, comme le fait que l'on ait offert nos services de police lors de la répression tunisienne, ou les revirements à contretemps ».
« Ce qui est en cause c'est l'état de la diplomatie française. C'est la raison pour laquelle on est en droit de demander au Premier ministre ou va la diplomatie française, qui la dirige, pour combien de temps et dans quelles conditions nous pourrons retrouver notre crédibilité, notre dignité. C'est l'image de la France qui est en cause. »
Côte d’Ivoire :
« On manie dans certains cas, c'est le cas en Côte d'Ivoire, la diplomatie du coup de menton. Souvenons-nous, le 17 décembre, c'est déjà loin, M. Sarkozy demandait à Bruxelles le départ immédiat de Laurent Gbagbo en posant un ultimatum... Or, quelques mois plus tard on n'en est au même point, sinon un certain scepticisme d'un certain nombre de pays d'Afrique qui voient que la situation n'est pas simple. »
Diplomatie parlementaire
« En 2001, nous avons fait un colloque sur la diplomatie parlementaire dont nous sommes de fervents partisans. Ce n'est pas une diplomatie concurrente, ou concurrentielle, c'est une diplomatie complémentaire et qui a son utilité. Devant le dysfonctionnement de la diplomatie française d'État, concernant l'Afrique, en particulier la Côte d'Ivoire, il n'est pas inutile de savoir ce qui se passe. S'il doit y avoir un déplacement en Côte d'Ivoire, il est utile de voir les deux parties, et pas seulement celle qui vous invite. C'est la moindre des choses. Pour le reste, je suis partisan d'une diplomatie parlementaire qui ne gêne pas la diplomatie d'État, mais qui la complète. J'ai des exemples où nous avons été fort utiles dans ce domaine. »
René de Laportalière : « Il y a une grande différence entre la réforme dirigiste et étatiste de Sarkozy, et la réforme libérale : la réforme libérale, ce n'est pas faire, mais laisser faire… » | |
Le nom de René de Laportalière est peu connu du grand public. Cet homme a pourtant joué un rôle majeur auprès de Jacques Chirac pour préparer l’alternance de 1986. René de Laportalière a réuni en 1984 des jeunes personnalités de droite, comme Alain Madelin, Charles Millon, François d’Aubert ou Jacques Toubon, pour élaborer le programme d’alternance dans l’hypothèse où Jacques Chirac serait nommé premier ministre en 1986. Il a par ailleurs rencontré régulièrement les conseillers respectifs de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher pour leur demander des conseils. Ainsi, il a été le premier à théoriser quelques idées fortes qui sont toujours d’actualité : il faut réformer dans les 90 jours, il faut s’attaquer aux monopoles de l’Etat d’une manière discrète en permettant l’arrivée d’acteurs privés sur ce même marché, il ne faut pas réduire la dépense publique mais la privatiser pour, ensuite, s’en détacher... C’est de cette manière que René de Laportalière a lancé l’opération Printemps 86. Toutefois, quelques mois après l’arrivée de Jacques Chirac à Matignon, il a claqué la porte car il estimait que ce nouveau premier ministre n’était finalement pas assez libéral… Par la suite, Jimmy Goldsmith lui a confié la direction de L’Express. René de Laportalière vient de raconter son expérience dans un livre initulé «Souvenirs à contre-courants». Il a présenté cet ouvrage, en avant-première, mardi 15 février dernier, au micro de Yannick Urrien sur Kernews. «Souvenirs à contre-courant» de René de Laportalière est en vente sur son site Internet : http://souvenirsacontrecourant.blogspot.com/ Durée: 24 minutes. Pour écouter l’entretien cliquez sur le bouton lecture: Kernews : Comment vous est venue l’idée d’organiser l’alternance de 1986, alors que vous n’étiez pas issu du sérail politique ? René de Laportalière : Mon engagement auprès des hommes politiques date d'une lecture du livre de Milton Friedman, Prix Nobel d'économie : «La tyrannie du statu quo». Il était le conseiller de Ronald Reagan au cours de son premier mandat. Il a écrit son livre à la fin de l'année 1983, à la fin du premier mandat de Reagan, et il disait que Reagan n'avait réalisé que 20% de son programme au cours de son premier mandat, mais que 80% de ces 20% ont été réalisés dans les 90 premiers jours. Donc, si Ronald Reagan voulait faire plus au cours de son deuxième mandat, il fallait qu'il sache qu'il n'avait que 90 jours pour agir et, pour que ces 90 jours soient utiles, il fallait que chaque jour soit préparé à l'avance. En lisant ce livre, je me suis dit que la situation allait être identique en France. Fin 1983, il apparaissait de plus en plus que Jacques Chirac serait premier ministre en 1986. J'ai décidé de quitter ma banque pour préparer pendant deux ans les 90 premiers jours du gouvernement Chirac. Non pas parce que j'avais de l'estime pour l'homme, mais parce que je pensais que ce serait celui qui irait à Matignon… Un conseiller de Chirac m'avait dit à son sujet : «C'est une magnifique locomotive qui roule sur des rails fixés par d'autres». Donc, je m'étais fixé comme objectif de fixer des rails pour les 90 premiers jours du mandat de Jacques Chirac… Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne : «Le risque islamiste a toujours été invoqué pour justifier le maintien des dictatures…» | |
La diplomatie parlementaire est nécessaire dans une démocratie… Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne et membre de la commission des affaires étrangères, reste fidèle à ses idées. Tout le monde reconnaît qu’il a toujours eu une vision juste des problèmes liés à l’Afrique et au monde arabe. Cette semaine, il évoque l’actualité et se prononce pour ce qu’il appelle «la diplomatie parlementaire». En effet, l’Elysée et le Quai d’Orsay viennent d’interdire à des députés UMP de se rendre en Côte-d’Ivoire. Or, Didier Julia estime que la diplomatie parlementaire doit jouer son rôle. Des propos qui risquent encore de déplaire à Michèle Alliot-Marie… Didier Julia était l'invité de Yannick Urrien mercredi 16 février à 8h10. Durée: 24 minutes. Pour écouter l’entretien cliquez sur le bouton lecture: Pour commencer, comment réagissez-vous à l’actualité en Egypte ? Didier Julia : Cela correspond très bien à l'état de la société égyptienne. Là-bas, l'armée joue un rôle très important. Les militaires ont d'ailleurs un traitement qui est 20 à 50 fois supérieur à celui d'un travailleur égyptien et ils constituent l'ossature de la société égyptienne. Par conséquent, ils ont cherché à maintenir leur rôle de stabilisateurs du pays en ne s'accrochant pas à un président complètement rejeté par la rue. Ils ont donc trouvé une solution tout-à-fait remarquable, à savoir dissoudre le parlement, faire de nouvelles élections transparentes et réformer la Constitution vers davantage de légalité. Joël Batteux, maire PS de Saint-Nazaire : « Les grands groupes industriels allemands sont dirigés par des vrais industriels, les nôtres sont dirigés par des hauts fonctionnaires. » | |
Joël Batteux, maire PS de Saint-Nazaire, s’exprime régulièrement sur Kernews. En janvier, il a accordé une longue interview à Yannick Urrien dans laquelle il a abordé différents points d’actualité comme la situation en Tunisie, l’évolution du bassin nazairien et, évidemment, l’actualité politique. Joël Batteux a également soulevé la question de la crise des élites. Entretien réalisé le 20 janvier et diffusé le 21 janvier en première diffusion. Durée: 24 minutes. Pour écouter l’entretien cliquez sur le bouton lecture: Extraits de l’entretien : La crise de l’euro occupe le devant de la scène, mais il y a aussi la crise sociale, la crise des élites et la crise démocratique, alors que l’on essaie encore de nous faire croire que tout va bien. Tous les paramètres sont-ils au rouge ? Joël Batteux : Beaucoup, oui ! Je ne fais pas partie des oiseaux de mauvais augure et je pense que la France continue de garder des potentiels extraordinaires de redémarrage. Je peux vous parler de ce que je connais peut-être le mieux : l'industrie. À cause du débat sur les 35 heures, on a parlé des différences de performances entre l'industrie allemande et l'industrie française. Je voudrais vous dire deux mots de cette analyse. La plupart des experts disent que les Français travaillent autant que les Allemands, la durée du travail est à peu près la même et il n'y a pas de grands écarts. Je suis allé visiter des entreprises allemandes et je n'ai pas eu l'impression que, d'un côté, on courait dans tous les sens pour produire et que, chez nous, on se tournait les pouces… Ce n'est pas vrai. La différence vient des patrons du CAC 40. Ce sont des gens qui sont recrutés par les financiers, non pas pour faire tourner la boutique, mais pour améliorer l'environnement fiscal et social de l'entreprise, au sens de la détérioration, grâce à leur carnet d'adresses avec la haute fonction publique et les gouvernants. Voilà le travail des PDG du CAC 40 ! Les patrons des PME que nous connaissons ici sont là pour faire valoir la ressource humaine, engager des programmes de recherche et de développement, alors que les autres se fichent complètement de ce qui peut se passer dans les ateliers de leurs groupes Ils travaillent auprès du ministère des Finances, auprès de l'Industrie, du ministère des Affaires sociales, pour obtenir des avantages pour leurs entreprises ou des conditions financières favorables auprès des banques ! Ce ne sont pas des industriels. Voilà la différence entre l'Allemagne et la France. Les grands groupes industriels allemands sont dirigés par des vrais industriels. Les nôtres sont dirigés par des hauts fonctionnaires qui ne le sont plus mais qui, pour autant, ne sont pas devenus des industriels. Michel Piron, député UMP du Maine-et-Loire : «Je propose de supprimer l'impôt sur le patrimoine en le remplaçant par une somme d'impôts sur les revenus du patrimoine.» | |
Nicolas Sarkozy s’est engagé à mettre en œuvre une réforme fiscale dès cette année. Quelles sont les pistes envisagées ? Michel Piron, député UMP du Maine-et-Loire, nous apporte quelques éléments. En effet, il fait partie de ce groupe de députés qui travaille, avec le gouvernement et les services de Bercy, sur des idées de réformes. Il nous livre des perspectives, comme la suppression du bouclier fiscal et de l'impôt sur la fortune. En contrepartie, il souhaite instaurer un impôt sur les revenus du patrimoine, et non plus sur le patrimoine comme c'est le cas actuellement. Il était l’invité de Yannick Urrien mardi 8 février à 8h10 dans le magazine de 8h10. Durée: 20 minutes. Pour écouter l’entretien cliquez sur le bouton lecture: Le débat sur la réforme fiscale est engagé et vous avez commencé à présenter quelques idées à vos collègues de la majorité. D'abord, il s'agit de supprimer le bouclier fiscal et l'impôt sur la fortune… Pourquoi ces deux sujets sont-ils liés ? Michel Piron : C'est exact, la question du bouclier fiscal et de l'impôt sur la fortune est liée et c'est une proposition de loi qui a déjà été cosignée par 126 collègues à l'Assemblée nationale. Nous avons chiffré cette proposition de telle manière que l'on ne puisse pas nous reprocher d'avoir supprimé des recettes d'État sans avoir trouvé à les remplacer. En deux mots, ce projet de loi propose de supprimer le bouclier fiscal, qui est de moins en moins compris depuis la crise. C'est un bouclier qui est très largement percé et qui protège, pas simplement les hauts revenus, mais surtout les très très hauts revenus, voire les plus hauts des revenus. Le mot bouclier était déjà très mal choisi, mais il devient maintenant insupportable pour la plupart de nos concitoyens ! Par ailleurs, il était en théorie prévu comme une sorte de correctif à un impôt sur la fortune qui était aussi imbécile que l’était la taxe professionnelle. Nous avons proposé de le supprimer et de remplacer l'impôt sur la fortune - qui est un impôt sur le patrimoine totalement aveugle - par un impôt sur les revenus du patrimoine. Aujourd'hui, en frappant le patrimoine, on ne se préoccupe pas de savoir si ce patrimoine rapporte quelque chose ou non. On ne tient aucun compte des revenus de ce fameux patrimoine : vous connaissez l'histoire de cette grand-mère qui a un terrain sur l'Île de Ré et qui paie l'impôt sur la fortune, alors que son patrimoine ne lui rapporte rien ! Donc, nous proposons de remplacer cet impôt sur le patrimoine qui est aveugle, par un impôt sur les revenus du patrimoine. Il y a déjà un montage financier très précis. Au moment où j'avais déposé cette proposition de loi, on estimait la perte pour l'État à 4 milliards. Mais on restituait 800 millions issus du bouclier fiscal : cet argent est donc récupéré par l'État. Ensuite, on retrouve le reste sur les revenus financiers. On a des revenus financiers de très court terme et nous proposons d'augmenter de 8 points le prélèvement sur les plus-values financières, ce qui peut, en gros, rapporter 810 millions. De la même manière, nous avons à travers le prélèvement libératoire forfaitaire sur les intérêts et dividendes un taux de 18%, qui est lui-même majoré des prélèvements sociaux, et les très hauts revenus choisissent ce taux parce qu'il est bien plus avantageux que l'impôt sur le revenu. En d'autres termes, on impose moins les revenus du capital que les revenus du travail... Donc, nous proposons de remonter de 8 points ce taux de prélèvements, ce qui évidemment va rapprocher très clairement l'imposition des revenus du capital de l'imposition des revenus du travail. Cela va totalement dans le sens la convergence avec la fiscalité allemande. On peut attendre de cela 1,170 milliard Il y a ensuite la question de l'immobilier, mais je suis beaucoup plus prudent. En effet, nous sommes davantage sur des plus-values de long terme dont on a besoin, surtout lorsque l'on veut que des investisseurs institutionnels construisent dans des régions tendues. Les investisseurs dans l'immobilier n'achètent pas pour revendre dans la journée, ce ne sont pas des revenus spéculatifs, ce sont des investissements de long terme. En plus, ce qui permet d'équilibrer leurs opérations, c'est la plus-value finale, alors qu'elles ont une très faible rentabilité dans les dix ou quinze premières années. Dans ce contexte, nous proposons un traitement différent, puisque nous proposons de majorer les prélèvements sur les plus-values immobilières de 3 points, ce qui rapporterait 200 millions. Pour tout cela, je retrouve 3 milliards et il me manque donc 1 milliard. Ce milliard supplémentaire - c'est le sujet qui fait le plus débat - passerait par la création d'une nouvelle tranche marginale d'imposition de 5 points supplémentaires, c'est-à-dire passerait de 41 à 46%. Sur quels revenus ? Nous avons fait les calculs avec les services de Bercy et nous proposons de créer cette tranche supplémentaire marginale sur des revenus qui seraient supérieurs à 100 000 euros par part imposable. Donc, pour un ménage de deux personnes sans enfant, nous serions à 250 000 euros par an. On peut estimer que nous ne sommes pas dans des revenus moyens à un tel niveau… Statistiques à l'appui, une part significative des revenus, près de 60%, ne sont pas des revenus du travail, mais des revenus du patrimoine. Cette création d’une tranche supplémentaire est en réalité une part de revenus issus du patrimoine. |
Comment réformer la France ? Les conseils du fondateur de Printemps 86…